BRUXELLES — Alors que la Commission européenne s’apprête à présenter l’« Industrial Accelerator Act », les Verts flamands (Groen) appellent à une révolution du « Made in Europe ». Sara Matthieu, négociatrice pour les Verts européens, affirme que l’Europe doit défendre son industrie nationale aussi farouchement que la Chine ou les États-Unis.
Retrouver une autonomie stratégique
Cette initiative intervient à un moment critique. « Notre dépendance aux énergies fossiles est un boulet au pied de l’industrie européenne », déclare Sara Matthieu, citant le conflit irano-américain et l’explosion des prix du gaz comme preuves de la vulnérabilité de l’Europe.
Selon Mme Matthieu, l’objectif est clair : s’aligner sur l’ambition du « Made in China » ou du « Buy American » américain. « Ce n’est qu’en modernisant, en verdissant et en protégeant notre industrie qu’elle aura une chance de survivre », prévient-elle.
L’argent des contribuables pour les emplois européens
L’un des piliers de la proposition est la réforme des marchés publics. Les Verts exigent que l’argent des contribuables soutienne les emplois locaux plutôt que de subventionner massivement les entreprises d’État chinoises.
Parmi les quotas proposés pour les projets publics :
- Acier et Aluminium : Au moins 25 % doivent être à faible teneur en carbone et produits en Europe.
- Véhicules électriques : 70 % des flottes commerciales doivent être de fabrication européenne, y compris les batteries (actuellement contrôlées à 80 % par la Chine).
- Construction : Les infrastructures comme les ponts ou les écoles devront prioriser le béton vert européen et les pompes à chaleur « Made in Europe ».
Briser le cercle vicieux de l’investissement
Si certains s’inquiètent du coût des matériaux verts, une étude de Transport & Environmentmontre que l’utilisation de 40 % d’acier vert dans une voiture n’ajoute que 57 € au prix final.
« De nombreuses entreprises reportent leurs investissements faute de certitude sur la demande », explique Sara Matthieu. « En créant un marché garanti en Europe, nous augmentons la production et faisons baisser les coûts. Si nous ne le faisons pas, notre industrie deviendra obsolète. » L’objectif est de porter la part de l’industrie dans le PIB européen de 14,3 % actuellement à 20 % d’ici 2035.
Accélérer les permis sans sacrifier l’environnement
Si la loi vise à accélérer la délivrance des permis pour les projets de décarbonation, Mme Matthieu souligne que les blocages se situent souvent au niveau des États membres. Elle pointe du doigt le manque de personnel et de numérisation dans les administrations nationales. « Nous devons aller plus vite, mais sans sacrifier nos normes environnementales », insiste-t-elle.
Un bouclier contre les rachats étrangers
Enfin, le texte prévoit des conditions plus strictes pour les investissements étrangers dans les secteurs stratégiques comme les batteries. Sara Matthieu prône une approche de réciprocité vis-à-vis de la Chine.
« Pendant des décennies, la Chine a forcé les entreprises occidentales à partager leur technologie. Il est grand temps d’imposer les mêmes conditions en Europe », affirme-t-elle. Cette stratégie vise à empêcher les monopoles étrangers et à garantir que les investissements contribuent directement à la prospérité et à la sécurité économique européenne.


























