Alors que la Coalition Avenir Québec envisage de rendre optionnelles certaines portions des cotisations syndicales, les critiques avertissent que le gouvernement ne promeut pas la transparence — il sape discrètement l’un des contrepoids démocratiques les plus importants du Québec. Cette semaine sur Mentalité verte, le chef du Parti vert du Québec Alex Tyrrell et la chef adjointe Halimatou Bah ont expliqué pourquoi la proposition équivaut à une destruction syndicale furtive — et pourquoi le Parti vert du Québec refuse de rester silencieux.

Au cœur du plan de la CAQ se trouve une proposition permettant aux travailleurs de se retirer du financement des activités syndicales jugées « non essentielles », telles que le plaidoyer politique, les défis juridiques, les campagnes publiques et le travail de justice sociale. Le gouvernement affirme qu’il s’agit de choix. Les Verts soutiennent qu’il s’agit de pouvoir.

« Toute réduction du financement syndical réduit directement leur capacité d’intervenir — et cela profite toujours aux intérêts économiques puissants. »
— Halimatou Bah

Les syndicats au Québec n’ont jamais été limités à la négociation de conventions collectives. Ils ont historiquement conduit des avancées dans les droits des femmes, la sécurité au travail, l’équité salariale, la protection de l’environnement et la politique sociale au sens large. Affaiblir ce rôle, soutient Bah, n’est pas une réforme administrative neutre — c’est une attaque idéologique contre le travail organisé en tant que force politique.

Lors de la discussion, Tyrrell a souligné ce qu’il considère comme un double standard flagrant. Alors que les syndicats font face à de nouvelles restrictions et à une surveillance accrue, les acteurs corporatifs — des compagnies minières aux multinationales — continuent de bénéficier d’un accès privilégié aux ministres et au bureau du premier ministre sans limites comparables sur leur influence politique.

« Il n’y a pas de mesures pour restreindre l’influence des multinationales, des banques ou des compagnies minières — mais soudainement, les syndicats sont le problème. »
— Alex Tyrrell

L’impact de la proposition de la CAQ ne serait pas réparti de manière égale. Bah a souligné que les petits syndicats et les syndicats locaux seraient les plus durement touchés — en particulier ceux représentant des travailleurs précaires. Contrairement aux grandes fédérations, les petits syndicats locaux n’ont pas les ressources pour absorber de nouvelles charges administratives ou des baisses soudaines de financement.

« Ce sont les plus petits syndicats — représentant souvent les travailleurs les plus vulnérables — qui seront touchés en premier. »
— Halimatou Bah

Ces syndicats représentent fréquemment des travailleurs migrants, des secteurs à bas salaire et des travailleurs avec une protection juridique limitée. Ironiquement, les activités que la CAQ souhaite rendre optionnelles — le plaidoyer juridique, la pression politique, l’éducation publique — sont précisément les outils sur lesquels les syndicats comptent pour défendre les travailleurs au-delà de la table de négociation.

Tyrrell a comparé la proposition à des tactiques longtemps utilisées par des groupes conservateurs sur les campus universitaires, où les associations étudiantes sont affaiblies en rendant les frais optionnels. Le résultat, a-t-il dit, est prévisible : une participation diminuée, moins de services et l’érosion de la vie collective.

« Lorsque vous rendez le financement collectif optionnel, vous n’autonomisez pas les individus — vous détruisez la vie collective. »
— Alex Tyrrell

Les deux Verts ont également critiqué le traitement médiatique de la question, notant que la couverture s’est rapidement éloignée du fond de la réforme proposée pour se concentrer sur des controverses concernant le ton et la rhétorique. Au lieu d’examiner comment la loi remodelerait les relations de travail, l’attention s’est portée sur la question de savoir si les dirigeants syndicaux avaient utilisé un langage jugé inapproprié.

« L’histoire est devenue une insulte au lieu d’une loi qui sape les droits des travailleurs. »
— Alex Tyrrell

Pour le Parti vert du Québec, la question touche au cœur de l’équilibre démocratique. Tyrrell a soutenu que les syndicats ne sont pas des groupes d’intérêts spéciaux opérant en marge de la société, mais des institutions essentielles à travers lesquelles les travailleurs participent à la vie civique et défendent leurs intérêts collectifs.

« Les syndicats ne sont pas des étrangers. Ce sont des travailleurs, des citoyens et des communautés qui s’organisent pour se défendre. »
— Halimatou Bah

Alors que le Québec est aux prises avec la hausse du coût de la vie, des services publics sous tension et des inégalités croissantes, les Verts soutiennent qu’affaiblir les syndicats n’est pas seulement une priorité mal placée — c’est une priorité dangereuse. Le Parti vert du Québec affirme qu’il continuera de se tenir aux côtés des travailleurs, et non des entreprises, et de s’opposer à toute tentative d’éroder le pouvoir collectif qui a façonné le progrès social du Québec depuis des générations.