Tyrrell dénonce la guerre contre l’Iran et accuse Ottawa de se comporter comme le « 51e État »

Le chef du Parti vert du Québec, Alex Tyrrell, a vivement dénoncé la nouvelle escalade militaire au Moyen-Orient déclenchée par Donald Trump et Benjamin Netanyahu, accusant le Canada d’appuyer aveuglément une logique de guerre qui risque, selon lui, de plonger la région — et le monde — dans un conflit prolongé.

« Le futur de l’Iran devrait être décidé par les gens qui habitent en Iran. Ils n’ont pas besoin de bombes américaines ou israéliennes pour provoquer le changement », a-t-il déclaré.

Recyclage de la rhétorique du « changement de régime »

Pour Tyrrell, l’argument voulant que les frappes occidentales visent à « libérer » le peuple iranien relève d’un scénario déjà vu. Il établit un parallèle direct avec l’Irak et l’Afghanistan, où les interventions militaires avaient été justifiées au nom de la démocratie et des droits humains.

« C’est exactement la même cassette qu’ils ont jouée pour la guerre en Irak, qui a duré plus de 20 ans. C’est la même chose en Afghanistan. »

Selon lui, l’idée que des bombardements puissent servir les intérêts d’une population civile est un non-sens. L’histoire récente démontre plutôt que ces interventions provoquent instabilité chronique, radicalisation et pertes massives parmi les civils. Il met en garde contre la possibilité qu’un conflit en Iran puisse s’étendre sur une décennie ou plus, avec des conséquences imprévisibles.

Le Canada « sans boussole morale »

Au-delà de la critique des États-Unis et d’Israël, Tyrrell réserve ses flèches au gouvernement canadien dirigé par Mark Carney. Il rappelle que le premier ministre avait affirmé à Davos que les puissances moyennes devaient s’unir pour contrebalancer l’influence américaine.

Or, selon lui, la réalité démontre l’inverse.

« Le Canada est en train de se comporter comme le 51e État », a-t-il lancé, dénonçant ce qu’il considère comme un alignement systématique sur la politique étrangère américaine — que ce soit en Iran, au Venezuela ou à Cuba.

Il reproche à Ottawa de soutenir des frappes militaires tout en évitant toute critique substantielle envers Washington, par crainte de représailles politiques ou économiques. Cette posture, soutient-il, affaiblit la crédibilité internationale du Canada et augmente les risques pour les Canadiens à l’étranger.

Une critique cohérente de l’interventionnisme

Tyrrell inscrit sa position dans une perspective plus large d’opposition à l’interventionnisme occidental. Il évoque le soutien canadien aux tentatives de changement de régime au Venezuela, ainsi que l’adhésion aux politiques de blocus contre Cuba.

Pour lui, ces dossiers démontrent une constante : une diplomatie canadienne subordonnée aux intérêts géopolitiques américains.

Il soutient que le rôle du Canada devrait être celui d’un acteur indépendant favorisant la désescalade et la négociation, plutôt qu’un partenaire automatique des offensives militaires américaines et israéliennes.

Fracture au sein du mouvement vert

Les propos de Tyrrell soulignent également une divergence idéologique au sein du mouvement vert au Canada. Il a critiqué la cheffe fédérale Elizabeth May pour avoir condamné les actions américaines sans adresser de critique équivalente envers Israël.

« Les Verts devraient être une voix anti-guerre », a-t-il affirmé, jugeant déplorable de mettre exclusivement le blâme sur Washington tout en évitant de dénoncer le rôle du gouvernement israélien.

Cette prise de position met en lumière une tension persistante entre une approche strictement anti-militariste et une posture plus sélective dans la dénonciation des acteurs impliqués.

Appel à la désescalade

Tyrrell conclut en appelant à un arrêt immédiat des bombardements et à un retour aux négociations diplomatiques. Il affirme que les frappes surviennent dans un contexte où des concessions iraniennes étaient en discussion, ce qui, selon lui, compromet la crédibilité du processus diplomatique.

« Cette guerre-là pourrait durer des années. Le peuple n’a pas intérêt à avoir cette guerre-là — ni en Iran, ni au Canada, ni aux États-Unis. »

Pour le chef du Parti vert du Québec, la solution ne réside pas dans l’escalade militaire, mais dans la reconnaissance du droit des peuples à déterminer eux-mêmes leur avenir politique — sans ingérence étrangère.